critique
Hommage à Louis Riel au festival international de Jazz d'Ottawa PLAIDOYER MUSICAL MéMORABLE
Alors que les politiciens n'ont pas encore fini de débattre du
rôle de
Louis Riel dans l'histoire canadienne, le contrebassiste Normand
Guilbeault a pris position en faveur du Métis de l'Ouest. Avec
son plaidoyer musical pour la réhabilitation d'un juste, il a brillamment
démontré
qu'il est possible de réconcilier le passé et le présent.
Ironiquement ou symboliquement, c'est au parc de la Confédération, à deux pas du parlement qu'il a livré son message en compagnie d'une douzaine de musiciens montréalais et avec la complicité de deux narrateurs, lors d'une soirée haute en couleurs du Festival International de Jazz d'Ottawa.
Le compositeur a profité de cette tribune unique pour rappeler que le fondateur du Manitoba avait été élu à trois reprises à titre de député fédéral mais n'avait jamais pu siéger à la chambre dews communes au coeur de la capitale fédérale.
En 20 tableaux retraçant les 15 dernières années de Riel jusqu'à sa pendaison pour haute trahison en 1885, l'impressionnant ensemble a fait revivre la mémoire d'un homme considéré comme un révolutionnaire et un traîte par les uns et comme un héros par les autres.
Malgré un parcours presque sans fautes des instrumentistes, la foule était moins nombreuse qu'à son habitude pour la série concerts sous les étoiles hier soir. Était-ce dû au sujet encore délicat de nos jours? Au genre musical préconisé par Guilbeault et ses musiciens? À l'entracte, la moitié de la foule avait déserté le site. Le public d'Ottawa serait-il plutôt conservateur?
Alliant habilement jazz comtemporain, musique actuelle et improvisations, le contrebassiste a aussi puisé du côté de la musique et des chants traditionnels canadiens. métis, autochtones et militaires. D'entrée de jeu, la plaine de l'Ouest a pris vie sur scène. Par la suite, il a dirigé de main de maître sa formation tout au long de ce plaidoyer épique.
Deux Narrateurs
Le spectacle bilingue mettait aussi en scène deux narrateurs qui
éclairaient sur l'action en cours et interprétaient certains
personnages importants. Bob Olivier a volé la vedette en jouant le "méchant"
anglais. Son vis à vis Charles Leblanc (Riel) semblait beaucoup
moins convaincant et souffrait de la comparaison.
La section des cuivres avec à sa tête le saxophoniste Jean Derome, a été particulièrement éloquente et ce, du début à la fin. Lou Babin a aussi fait bonne figure tant à l'accordéon que lors de l'interprétation de chants traditionnels. La forte présence du violoniste Jean René a été également été remarquée.
Ce voyage musical dans le temps et de l'histoire que Normand Guilbeault a imaginé trouvait une résonance encore plus vive à l'ombre du parlement. Il faut aussi l'audace de Jacques Émond, le directeur artistique du Festtival, d'avoir misé sur Riel et gagné son pari haut la main malgré une foule timide ou peut-être intimidée par la question de Louis Riel.
CAROLINE BARRIÈRE
Retour à Riel Back to Riel