critique

Chroniques Disques: "DUALISMUS"
NORMAND GUILBEAULT ENSEMBLE

B.L. / JAZZ IN TIME / FRANCE
No. 56 - OCTOBRE 1994

Le contrebassiste montréalais Normand Guilbeault n'a pas pris
l'enregistrement de son premier disque à la légère. En effet, son ensemble fonctionne et répète depuis maintenant six ans. Consécration supplémentaire, il a été lauréat du dernier concours du Festival international de Jazz de Montréal.Dualismus est une oeuvre mûrie, réfléchie, bien sentie. À l'inverse des choix restrictifs de certains, Guilbeault affirme que sa carrière de musicien de jazz "se fait dans le sens d'une réconciliation entre ses deux grands courants, ceux de la tradition et de l'avant-garde".

Il assume ainsi sa tendance conservatrice et ses envies de progressisme musical. Il tente une synthèse de l'esprit des grands contrebassistes en rapellant tout particulièrement Charlie Mingus. On retrouve dans cet ensemble quelque chose de la révolte contenue de ce dernier, non seulement dans sa composition "Tonight at Noon", mais dans les originaux du leader (1 à 5 & 7).

Belle écriture- ce bref accelerando dans le thème de "The Wampum Song"- qui préserve néanmoins toujours la spontanéité aux interprétations. Piano, saxophone et guitare sont pour une fois ignorés pour célébrer le retour à l'avant-plan de la clarinette, qui se fait également basse. Avec la contrebasse, Bélanger fournit une pédale contenue, alors que les deux cuivres élaborent en commun le thème par bribes. La batterie est très présente, et le trompetiste joue sous tension permanente, parfois à l'arraché, toujours avec une sonorité acérée. Ouellet reste assez traditionnel dans la texture de son trombone. Quant au leader, à l'archet ou en pizzicato, il se dévoile intégralement dans son solo absolu (My One and Only Love). Aux antipodes de la mollesse, Dualismus se joue constamment sur un arc tendu.
B.L.

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