Critique
DE GRANDS CRUS POUR L'ÉTÉ
QUAND LE JAZZ S'APPELLE PAR SON NOM...
Jazz dites-vous? L'heure est à l'opulence. L'éclosion des CD de l'été porte la double signature de la profusion et de la qualité. Du jazz, du vrai...dans toute la splendeur de sa diversité. Un grand cru.
Dès le départ, un cadeau,. Puissance, finesse. Lyrisme,
virtuosité. Après les quatres premières mesures,"Basso
Continuo", du Normand
Guilbeault Ensemble, vous a déjà cloué raide à
votre fauteuil. Un << disque hommage >> cuisiné dans
la tradition et servi sur des réarrangements
d'une inventivité
surprenante.
Le quintette du contrebassiste montréalais a mérité, l'an dernier, le Prix de Jazz du Maurier octroyé à la meilleure formation canadienne, dans le cadre du Festival de Montréal. "Basso Continuo" est ni plus ni moins que le fruit du prix remporté par le groupe. Après un premier CD, "Dualismus", ou il rassemble ses propres compositions, Guilbeault propose ici un disque d'interprétation.
Six standards des grands contrebassistes qui ont marqué l'histoire du jazz. Une visite guidée du jazz moderne, de Jimmy Garrison à Jaco Pastorius, en passant par Paul Chambers,Scott Lafaro, et Oscar Pettiford. La pièce maîtresse: Meditation on integration, de Charles Mingus, une suite en trois mouvements, véritable chef-d'oeuvre de composition et d'orchestration.
D'entrée de jeu, Ascedant, de Jimmy Garrison, définit l'empreinte qui marquera le disque de la première à la dernière note. Celle d'un groupe homogène et puissant dans les mouvements d'ensembles, soutenu par la virtuosité et l'inventivité individuelles de chacun des musiciens. Des solos enlevants caractérisés par un swing et un sens de l'improvisation hors de l'ordinaire.
Pas un musicien qui ne soit sous le calibre de l'autre. Voilà sans doute une des qualités maîtresses de ce petit chef-d'oeuvre. Mathieu Bélanger aux clarinettes, Ivanhoe Jolicoeur, à la trompette et Michel Ouellet, au trombone, nous amènent dans des envolées prenantes, extrêmement personnelles, souvent marqué par la fluidité et par une prodigieuse vélocité. Une précision d'enfer! Paul Léger à la batterie, fouette son équipage avec un swing serré et un jeu nuancé, particulièrement remarquable dans Visitation de Paul Chambers. Normand Guilbeault, contrebassiste et leader, qui offre sur ce disque une seule de ses compositions Blues For Ray Brown, se montre désinvolte à l'archet et enveloppe l'ensemble d'une atmosphère chaude et ronde, ponctuée de courses complexes et essoufflantes au pizzicato.
Les sept pièces au programme ont le mérite d'offrir un concert éclectique, aussi bien dans le temps que dans les genres et les atmosphères. La ballade Jade Vision, de Scott Lafaro, empreinte de tendresse, suivie de la poursuite foll de Tricotism, d'Oscar Pettiford, en font brillament la démonstration. Tout comme Teen Town, de Jaco Pastorius, qui conclut dans une relecture plus <<hard bop>> que <<fusion>>. Un disque remarquable dans lequel Guilbeault salue sans rougir les maîtres de la contrebasse qui l'on marqué. Un disque électrisant, d'un souffle éblouissant. Un standards en lui-même. Incontournable!
PIERRE BOULET
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